Hommage à Chokri Belaid, martyr de la patrie.
Le 6 février 2013 tôt le
matin, le leader politique de la gauche tunisienne a été abattu devant son domicile. Cet acte odieux était prévisible parce que la victime fut menacée de mort à maintes reprises par des
obscurantistes (imams et acolytes) et montrée de doigt par des responsables politiques et en l’occurrence le ministre de l’intérieur en personne. Ce dernier afin de justifier son incapacité et
incompétence à diriger un ministère régalien cherchait un bouc émissaire. Il le trouva en la personne de Chokri Belaid, secrétaire général du parti des patriotes démocrates unifiés et leader du
front populaire. Prévenu à maintes reprises par les proches et les camarades de la victime du danger qu’il encoure, le ministre de l’intérieur avait fait la sourde oreille ouvrant ainsi un
boulevard aux assassins. D’où la question suivante, elle est bien légitime: A qui profite le crime?
Tout le monde en Tunisie, des politiques aux membres de la famille en passant par une kyrielle de journalistes accusent le gouvernement et surtout le parti majoritaire de la responsabilité de l’assassinat de Chokri Belaid. Le parti islamiste Nahda est donc le premier bénéficiaire de ce crime scrupuleux. Chokri Belaid fut un opposant farouche aux islamistes et à leur idéologie. Contrairement à d’autres, il ne mâchait pas ses mots quand il s’agissait d’alerter la population sur les méfaits des islamistes à la tête de l’Etat et de dénoncer la main mise du parti majoritaire sur les leviers du pouvoir, l’instrumentalisation de la religion, la complicité avérée avec les ligues ou plutôt les milices de la protection de la révolution, l’inertie face à la violence perpétrée par ces milices, la fomentation de la haine au sein de la société en scindant les tunisiens entre croyants et mécréants et la transformation du mensonge en vérité. D’ailleurs, Le regretté n’a pas cessé de dire « parce qu’ils ont fait du mensonge une religion, ils traitent les autres d’athéisme ». En somme, le parti islamiste Nahda cherche à s’implanter durablement et imposer son modèle de société et un nouvel ordre étrangers à nos us et coutumes.
Ce nouvel ordre n’épargne aucun domaine. Le champ politique est envahi par les nervis du parti islamiste Nahda et ses partenaires. Aucune administration n’est à l’abri. Le domaine socio-économique souffre le martyr : Le chômage bat son plein, l’inflation est galopante, l’industrie hôtelière, victime de l’insécurité, ne décolle pas, les investissements nationaux et étrangers sont en berne, des entreprises délocalisent leur production à l’étranger et le plus dramatique est la vente de l’argenterie au capital étranger (Qatar, Tuquie …). Une politique économique totalement inféodée au capitalisme mondial dont les conséquences sur le peuple tunisien sont désastreuses. Côté social, les tunisiens et en l’occurrence les classes populaires sombrent dans la pauvreté et la misère.
Le regretté Chokri Belaid fut le pourfendeur de cette politique antipopulaire. La vérité de ses paroles, la justesse de ses analyses, la clarté de sa vision, sa capacité discursive faisaient de lui une arme à double tranchant : Il captivait et il dérangeait à la fois. De plus en plus de tunisiens y compris d’ex-sympathisants du parti au pouvoir adhéraient à ses opinions et de plus en plus de haine émanaient de ses détracteurs. S’ajoutait à cela sa capacité à mobiliser la gauche tunisienne et sa réussite à fonder avec ses camarades le front populaire.
Tous ses éléments présentaient un danger pour le pouvoir en place. Chokri Belaid rassemblait de plus en plus de gens autour de lui et de son projet qui se trouve totalement à l’antipode de leur projet.
Sa disparition est une aubaine pour ses opposants et un véritable coup de massue pour l’opposition de gauche. Oui, le décès du secrétaire général du parti des patriotes démocrates unifiés est une perte incalculable pour le parti, pour le front populaire, pour la gauche laïque et pour la Tunisie. Certes, le coup de massue est mortel mais non fatal. D’autres Chokri Belaid verront le jour et reprendront le flambeau pour barrer la route à l’obscurantisme. Le peuple tunisien n’est pas dupe ; il a bien compris les desseins des politiques au pouvoir. Un million quatre cent mille tunisiens et tunisiennes avaient accompagné le martyr de la patrie à sa dernière demeure sans oublier les manifestations dans l’ensemble du territoire tunisien y compris dans les bleds les plus reculés et à l’étranger. Les manifestants avaient scandé des slogans hostiles au gouvernement en pointant la responsabilité sur celui-ci.
Chokri Belaid restera dans la mémoire des tunisiens ; il est notre martyr ; il est le martyr de la patrie.