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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 14:50

IMG_0191-1-.JPGTexte a été lu lors de la journée internationale des femmes à Villeneuve d'Ascq. La commémoration de cette journée a été organisée par la Maison des droits de l'homme et les associations membres dont notre association.

Dans sa thèse publiée en 1998, Emna Ben Miled pose la question «  Les  Tunisiennes ont-elles une histoire ? » (le titre) elle démontre  que l’histoire de la Tunisie est jonchée d’histoires de femmes qui se sont illustrées par une action politique, économique,  littéraire, sociale mais qu’à chaque fois, passée sous silence ou tout simplement étouffée par la misogynie ambiante de la société patriarcale conservatrice et où la religion était la réponse à toute question !

La Révolution pour la Liberté et la Dignité intègre  l’action des femmes en lutte pour non pas la reconnaissance de leurs droits uniquement mais et ce qui plus grave à cet instant de l’histoire de la Tunisie, c’est  la préservation des droits  déjà acquis, la femme tunisienne  étant membre active de la société à tous les niveaux et dans toutes les structures de l’état.

L’action des femmes tunisiennes n’est pas nouvelle,  elle s’inscrit dans une histoire commencée au début du siècle passé avec le mouvement de Renaissance, Ennahdha, lancée surtout par Tahar Haddad une figure de proue dans l’appel à l’émancipation de la femme : émancipation juridique et sociale, l’abolition de la polygamie, et comment préserver les droits de la femme mariée contre l’autorité du père ou du frère ou du mari. Tahar Haddad  a aussi insisté sur  la nécessité d’éduquer les femmes  par la création d’établissements scolaires. L’union des femmes musulmanes est créée : Bchira ben Mrad,Asma Belkhoja Rebaï, Neziha ben Miled se distinguent alors dans la lutte pour l’éducation de leurs con-soeurs,  mais leur action s’est vite tournée vers le soutien politique de l’action du Néo Destour  du parti communiste tunisien, les deux appelant à l’indépendance de la Tunisie.

 Condamnées par les conservateurs, les idées  de T. Haddad sont reprises par Bourguiba au lendemain de l’indépendance : sous son impulsion, le CSP est promulgué, le 13 Août 1956  (qui est depuis cette date, une  journée fériée, journée de la femme).

Bourguiba fait de l’émancipation de la femme le levier de sa politique avant-gardiste et moderniste. On parle  alors de féminisme d’état.

Plus tard, dans les années 90, sous le règne du président déchu Ben Ali,  l’état donne un nouveau souffle au CSP par d’autres mesures qui tendent à reconnaître la femme  comme  chef de famille et assure ses droits en cas de séparation.

Tout comme son prédécesseur, le tyran Ben Ali  fait du droit des femmes le thème majeur de sa politique consensuelle et  plus d’une   dizaine  occupent les fonctions de ministre et secrétaires  d’état  au sein des différents gouvernements qui se sont succédés jusqu’en 2011. Il faut aussi dire que le président déchu Ben Ali avait   néanmoins mis la pression sur le mouvement islamiste pour le faire taire.

 Au-delà des critiques prononcées à l’encontre de l’histoire de la politique de la Tunisie  depuis 1956  jusqu’à 2011, il n’en demeure pas moins que la position politique et juridique de la femme dans la société s’en sont trouvées de plus en plus consolidées.

 

D’aucuns parlent des femmes comme otages du politique, (Sanaa Achour)  d’autres parlent de  femmes alibi ?

 

Je ne serai  pas aussi catégorique !

Prenant leur élan à partir de cette politique avant-gardiste,  les femmes ont montré leur capacité et leur volonté  à tirer avantage des acquis juridiques pour aller de l’avant !

 

Une figure proue dans la vie politique du pays,  Maya Jribi est sur le terrain depuis + de 20ans et est de  tous les combats,  est à la tête du  parti qui s’est opposé à  Ben Ali  depuis les années 90 !

 

Elles président des organisations réputées du ressort des hommes L’association des Magistrats de Tunisie (Mme Kennou Kelthoum), le Syndicat des Magistrats de Tunisie,  Raoudha Laabidi,

le patronat tunisien est présidé par Mme Wided Bouchamaoui de même que le  Syndicat des Journalistes de Tunisie, Nejiba Hamrouni !

(D’autres portent d’autres responsabilités, elles commandent des navires des avions !)

 

Cependant, un petit retour aux  années 80  où l’action féministe en Tunisie a pris un nouveau tournant.   Deux associations virent                        le jour. Elles reprirent le flambeau pour dévier le discours de l’époque de féminisme d’état vers un militantisme franchement féministe face  à l’intransigeance de conservateur à l’égard de certains droits  des femmes non encore reconnus !

 

L’AFTURD, crée en  Janvier 1989, dédiée à la recherche et au développement  sur la question féminine est suivi par  l’ ATFD  en Août 1989: ce sont deux entités démocratiques qui œuvrent pour répondre aux questions qui émergent à ce moment là, et auxquelles le pouvoir n’avait pas pu répondre,  questions liées à la conscience féminine qui se développe et pose de nouvelles problématiques sur la femme et la féminité.

 

Dans les années 2000  la lutte pour la totale égalité entre l’homme et la femme,  mise en évidence en matière d’héritage, question qui a toujours été repoussée voire décriée par les conservateurs qui voient en cela une atteinte à un des principes fondamentaux  de l’Islam ! La précédence de l’homme par rapport à la femme en matière d’emploi (en dépit de qualités et diplômes égaux) ceci reste un point majeur de ce féminisme !

 

Avec l’élection de l’assemblée constituante d’octobre 2011 qui a amené une majorité (oh, relative) d’islamistes au pouvoir, la donne change à propos de la rédaction de la future constitution de la nouvelle Tunisie.

 

 Les modernistes, progressistes qui revendiquent un texte d’inspiration de droit positif, loin de toute référence à la Chariâ ou au Coran et qui se sont faits l’écho de la rue  où se sont retrouvés pendant des semaines  et des mois toute une population avide de changement, d’inscrire leur histoire dans la modernité et le progrès.  Ces gens  qui représentent les fils de la génération Bourguiba, éduqués, instruits, conscients des enjeux que leurs  vis-à-vis, les islamistes, tentent de leur  imposer : une constitution d’inspiration islamique dans laquelle la femme serait complémentaire à l’homme !  C’est-à-dire, un retour à la case départ !

 

Depuis les élections du 23 Octobre 2011, la société tunisienne s’est vue prise en otage par le parti Ennahdha , islamiste. Majoritaire au gouvernement et à l’Assemblée Constituante, ce parti tient un double discours : d’une part, il autorise (dans le sens où il ne condamne pas) les exactions de groupuscules  salafistes  en particulier d’un groupe appelé Ligue Protection de la Révolution : ils imposent leur violence et agressivité dans le pays ( à l’intérieur de l’université tunisienne, dans tous les lieux où l’opinion  publique réclame la liberté d’expression).  I

 

 

Par ailleurs, Samir Dilou,  ministre des droits de l’homme, élu, porte parole du parti islamiste estime que son mouvement est «  à caractère civil qui sépare l'action prédicatrice religieuse et l'action politique et ne tentera pas de changer le mode de vie de la société tunisienne.

 

 Parmi les priorités du Mouvement Ennahdha figurent la protection des libertés individuelles et publiques, la consolidation des acquis de la modernité et la promotion du Code du Statut Personnel (CSP) »  je m’inscris en faux sur ces paroles : le nombre de mariages selon la loi coranique a explosé, ce sont des mariages illégaux pour le législateur ! Les premiers à en souffrir seront la mère et les enfants issus de cette union.

Les islamistes demandent le retrait de la Tunisie des Conventions internationales qu’elle a signées en matière de droit des femmes et de l’enfant au motif qu’ils sont contraires aux principes de l’Islam.

 

 

 

Par Jalila Kafi

 

 

 

 

 

 

 

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france-tunisie2.pngATNF: créée en 1993, l'association des Tunisiens du Nord rassemble des personnes d'origine Tunisienne, vivant dans le Nord-Pas-de-Calais et revendiquant une citoyenneté d'ici et là-bas. La lutte contre les discriminations et le racisme dans la société Française fait partie des objectifs de l'association, mais aussi la défense et la promotion des droits de l'Homme, et notamment des droits des femmes en Tunisie.

ATNF afit au quotidien sur le territoire du Nord-Pas-de-Calais, en partenariat avec diverses associations, telles que la Ligue des Droits de l'Homme, pour faire valoir la citoyenneté des migrant(e)s d'origine tunisienne au sein des deux territoires.

ATNF vient de fêter l'anniversaire de la chute du régime de Ben Ali, évènement à l'occasion duquel l'association avait été amené à jouer un rôle de leader et de catalyseur des revendications sociales des tunisiens au sein du territoire Nord-Pas-de-Calais. C'est naturellement que les membres de l'association s'interrogent sur le renouveau politique et le modèle démocratique proposé désormais en Tunisie, car le choix des dirigeants et le changement de législation a nécessairement un impact sur les citoyens immigrés et vivant sur notre territoire. Le statut des femmes pose notamment question: le nouveau régime sera t-il porteur d'une évolution pour les droits de l'Homme, pour ceux des femmes d'une évolution pour les droits de l'Homme, pour ceux des femmes en particulier, pour l'égalité entre les sexes et les libertés individuelles ? Ces questions ont mené ATNF à porter au sein du territoire régional un projet de séminaire interrogeant ces problématiques d'actualité.

l'ATNF est membre de la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) au niveau national.

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